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Triangles Rose et Noir

                    

 Histoire d'une déportation évincée

Cette page est consacrée à un thème jusqu'à très récemment écarté des livres d'histoire, de la mémoire collective et de l'iconographie officielle de l'univers concentrationnaire  : la persécution par les nazis de dizaines de milliers d'individus en raison de leur seule orientation sexuelle. 

 Triangle rose
 

Marquage nazi pour les homosexuels Le triangle rose (en allemand : Rosa Winkel) était dans l'univers concentrationnaire nazi le symbole utilisé pour marquer les homosexuels. De taille supérieure aux autres triangles, ce symbole de persécution, de discrimination, a été repris par la communauté homosexuelle comme symbole identitaire. Un récent sondage effectué au Canada a montré qu'une grande partie des jeunes gays ne connaissait pas l'origine de ce symbole.

Une gangrène sociale
Dans l'Allemagne nazie, le 8 mars 1933, les premiers camps de concentration ouvrent leurs portes. Berlin, qui était considéré comme la capitale de la liberté homosexuelle, devient le théâtre d'une active répression : les boîtes de nuit, les lieux de rencontre, les cafés et les bars homosexuels sont fermés, et les hommes qui les fréquentaient sont arrêtés, incarcérés ou déportés. Les nazis ont entrepris de purifier l'Allemagne de ce qu'ils considèrent comme une gangrène sociale.
Les homosexuels arrêtés pour infraction au paragraphe 175 du Code pénal allemand qui réprime les relations "contre nature" entre hommes sont soit incarcérés soit transférés vers des camps de concentration. Bon nombre d'entre eux sont placés en détention au terme d'une décision administrative et non judiciaire. Plus tard, une fois le régime installé, des homosexuels découverts au sein de l'armée, de l'administration ou autres corps d'élite nazis seront exécutés sans autre forme de procès. L'objectif des nazis n'est pas, comme dans le cas d'autres minorités, d'exterminer les homosexuels. Il s'agit essentiellement de modifier par le chantage, la contrainte et la force si nécessaire le comportement d'asociaux incapables de procréer et susceptibles, parce que fondamentalement corrupteurs, de détourner la jeunesse du Reich de sa mission "historique"  : la guerre et la conquête d'un espace vital à l'Est. Pour parvenir à cette fin, la science elle-même est mise à contribution. De nombreuses expériences "médicales", parmi lesquelles des implantations de glandes synthétiques, seront effectuées sur les déportés homosexuels dans le but de les ramener à la normalité. En 1939, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, principal artisan de la chasse aux "invertis", autorise les commandants de camp à faire pratiquer des castrations sur les détenus homosexuels. Beaucoup mourront des suites de ces interventions. Dans les camps nazis, les déportés homosexuels doivent porter un triangle rose, pointe tournée vers le bas, qui les identifie comme tels. La hiérarchie concentrationnaire les place au plus bas de l'échelle sociale des camps, ce qui ne leur permet guère d'entretenir des relations d'entraide avec les autres déportés et d'améliorer ainsi leurs chances de survie. Victimes expiatoires toutes désignées puisque déjà mises au ban de la société non carcérale, les homosexuels sont, à l'instar des Tziganes, astreints aux travaux les plus durs et les plus dégradants. De fait, statistiquement, le taux de mortalité de ces déportés est parmi les plus élevés des camps. A la fin de l'année 1944, les premiers camps sont libérés par les Alliés. L'extrême confusion qui règne alors en Europe et l'amalgame fait autour du phénomène concentrationnaire laissent présager des difficultés auxquelles les déportés homosexuels vont être confrontés pour faire admettre leur statut de victimes du nazisme. Pour beaucoup d'entre eux, en effet, le retour à la liberté s'accompagne d'une autocensure justifiée par une législation hostile toujours en vigueur (parfois héritée des régimes totalitaires tout juste défunts, comme en France) et la difficulté sociale, familiale ou professionnelle de divulguer le motif exact de leur déportation. Après la guerre, la très grande majorité des déportés homosexuels est disparue dans l'anonymat. L'absence de reconnaissance officielle de cette déportation spécifique, l'absence jusque dans les années soixante-dix d'un militantisme homosexuel constitué, le silence des intellectuels et le peu d'intérêt des chercheurs et des historiens pour une question "qui n'existe pas" ont longtemps occulté une réalité qui s'est peu à peu estompée dans la mémoire collective. La mémoire sur cette discrimination n'a été exhumée qu'il y a peu, essentiellement par des historiens, des associations communautaires homosexuelles telles que les Flamands Roses ou  Le Mémorial de la  Déportation Homosexuelle dirigé par Jean Le Bitoux ou le site Triangles roses créé en 1999 par Franck Zanni, qui ont impulsé une dynamique de la mémoire, en collaboration avec des chercheurs et des historiens, notamment américains. Des associations homosexuelles, comme Les Enfants Terribles à Caen, ou encore Les Oubliés de la Mémoire, militent pour que cette déportation spécifique soit reconnue dans les cérémonies de commémoration, ce qui est loin d'être le cas en raison des réticences de certaines associations de déportés et d'anciens combattants et des autorités. Cependant, il convient de remarquer que dans certains pays, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, et en Italie, des plaques commémorant la persécution des homosexuels par les nazis ont été apposées dans des camps de concentration ou dans des villes : Berlin, Amsterdam, Bologne, Sachsenhausen, Mauthausen. Pierre Seel, fut l'un des rares déportés homosexuels à témoigner. Il sortit un livre racontant son histoire. Par ailleurs, Act Up reprit le triangle rose comme symbole, mais dans l'autre sens pour évoquer l'épidémie du Sida, qui commença par toucher la communauté homosexuelle. 

 Triangle noir
 


Le triangle noir était dans l’univers concentrationnaire nazi, le symbole utilisé pour marquer les prisonniers des camps qui étaient considérés par ce régime comme « socialement inadaptés » (« Asozial » en allemand). Il est à rapprocher du triangle rose, que portaient dans les camps les hommes homosexuels condamnés en vertu du paragraphe 175.

Catégorie au nom très flou, elle regroupait divers sous-groupes d'individus que les nazis avaient dans leur obsession de la catégorisation du mal à délimiter. C’est-à-dire, toutes les personnes qui pour une raison ou une autre se trouvaient en marge du système ou qui avaient un choix de vie contraire aux valeurs idéologiques des nazis, comme non seulement les chômeurs de longue durée, les vagabonds, les marginaux, les alcooliques, les drogués et certains malades mentaux, mais aussi, les prostituées, les femmes qui employaient des contraceptifs et les lesbiennes.


Les lesbiennes étaient donc assimilées au sein de celles-ci, vu qu'elles n'entraient pas dans les canons du système de pensée nazi sur la famille, qui était patriarcal et hétéro normatif.

L'appareil légal allemand ne comportait pas de délit de lesbianisme, car il n’entrait pas dans le cadre du paragraphe 175. Il était donc impossible de condamner pénalement une femme en vertu de ce motif dans ce pays. Mais il était bien entendu possible pour un système fonctionnant sur la délation, de la condamner ou de la déporter sous un autre prétexte. Toutefois, l'Autriche comportait au sein de son code pénal un article spécifique réprimant et condamnant les relations entre femmes - cet article resta en vigueur suite à l'Anschluss en 1938.

Pendant cette période, de nombreuses lesbiennes seront arrêtées, emprisonnées ou envoyées en camps de concentration et un grand nombre d’entre elles seront contraintes à la prostitution et victimes de viols et d'autres mauvais traitements.